Dream - Araki

A 64 ans, Nobuyoshi Araki continue à jouer au lutin lubrique. Adulé chez lui au Japon comme un dieu vivant, il en est aussi le produit culturel d'exportation le plus embarrassant. Surnommé le Toulouse Lautrec nippon, ce photographe aujourd'hui exposé dans les plus grands musées du monde a commencé il y 40 ans à publier ses clichés érotiques dans des revues pornos. Son talent: avoir rendu artistique une culture de ghetto, celle du bondage et du sadomasochisme.

Véritable icône auprès des lolitas japonaises, Araki n'a aucun mal à trouver ses modèles amateurs. Tracks a suivi le maître parti la nuit tombante chasser le modèle sur ses terres de Shinjuku, le quartier chaud de Tokyo.

Nobuyoshi Araki : Mon père travaillait comme marchand de sandales traditionnelles. Mais comme il adorait faire de la photo, il délaissait souvent son travail pour se consacrer à sa passion. C'était un vrai photographe amateur.
D'abord j’ai travaillé dans une grosse agence de publicité. C'est là que j'ai appris ce qu'était la vie. J'ai vu le côté le plus abject de ce métier. Si j'avais choisi d'être grand reporter, j'aurais sûrement été tué dans une guerre. Comme Robert Capa. Alors au moins travailler dans une boîte de pub, ça me mettait à l'abri. Et puis j'ai pu y apprendre toute l'essence de la photo. Dans ce genre de métier, on profite de son travail pour se faire sa propre pub plutôt que celle du produit ou du client. Alors j'ai compris qu'il fallait que je sorte très vite de là si je voulais m'orienter vers l'art. Je ne regrette pas cette période. Quand j'y repense, la pub m'a permis de mieux approcher la vraie nature des gens.

Nobuyoshi Araki : Je suis pas du genre à donner des ordres. Au moment du déclic ce sont les modèles qui décident de leurs poses. Moi je reste seulement concentré, sans chercher à faire de la mise en scène. Je suis l'esclave de mes sujets. On peut même dire l'esclave des femmes tout court. J'ai toujours considéré la séance photo comme un vrai corps à corps. C'est une relation physique entre un homme et une femme. Comme une relation amoureuse. Du coup, c'est normal d'avoir des relations sexuelles pendant ou après la séance photo. Evidemment, s’il y a plusieurs modèles ça peut devenir très vite épuisant. Et après je risque d'être incapable de me remettre au travail.

Le nouveau livre d'Araki, il en aurait près d'une trentaine à son crédit, met en scène des modèles sans tête: des femmes mariées de plus de 40 ans, loin de son sujet favori: les collégiennes.



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