Visions - Jeunes créateurs de mode

Pendant longtemps, la mode berlinoise a été quasi inexistante. Mais c’est en train de changer. Tracks vous présente les nouvelles têtes de la haute couture allemande.

A Berlin, le trash et la mode cohabitent sans problème. Les habitants du quartier de Berlin-Mitte se sentent traditionnellement proches des cultures underground. Toutes les associations sont permises : couleurs néons, jeans tube et lunettes de soleil surdimensionnées. Longtemps, les designers berlinois ont eu la réputation de ne créer que du streetwear ou de gentils t-shirts floqués au motif de la tour de télévision de l’Alexanderplatz. Mais les choses ont changé et aujourd’hui, en termes de mode, la capitale allemande a d’autres choses en vitrine.

A 20 minutes du quartier de Mitte, dans l’est de la ville, dans l’arrondissement de Lichtenberg, se cachent les ateliers de c.neeon, un label lancé il y a trois ans par Clara Leskovar et Doreen Schulz. Au Japon, leur style fait fureur. Leurs créations originales aux couleurs flashy se vendent dans une trentaine de boutiques éparpillées dans le monde entier. Berlin est devenu trop petit pour elles et elles ne sont pas les seules dans ce cas.

Le milieu de la mode berlinoise a changé. Il s’est un peu détaché des t-shirts à logo ou des sweats à capuche pour se tourner vers des produits plus coûteux et surtout plus orientés sur la mode internationale. Aujourd’hui, les créateurs berlinois n’hésitent plus à aller à des salons internationaux, comme Paris, Londres, New York ou au Japon, à Tokyo et ne se concentrent plus uniquement sur le marché berlinois et sur les petits labels confidentiels, planqués dans les arrière-cours.

Ça crève les yeux : Berlin veut prendre place parmi les capitales de la haute couture. L’été dernier, la Fashion Week a été organisée à la Porte de Brandebourg, à grand renfort de sponsors internationaux prestigieux. Michael Michalsky, ex-designer en chef d’Adidas et nouveau gourou de la mode berlinoise, y présenté sa nouvelle ligne de créations.

Quelques jeunes créateurs ont également pu présenter leurs collections. Parmi eux : Kaviar Gauche, en français « gauche caviar ». « Gauche caviar » est un terme qui date des années soixante et qui désigne les enfants de familles bourgeoises et fortunées pour lesquels il était chic de se proclamer politiquement de gauche. Les têtes pensantes de Kaviar Gauche sont Johanna Kühl et Alexandra Fischer-Röhler. Mais leurs motivations n’ont rien de politique.

Dans les années 80 et 90, les aspirations des designers berlinois n'étaient pas ambitieuses. Une fois par an, ils se réunissaient lors de l’expo « Ave », pour présenter leurs dernières trouvailles, des créations criardes et souvent assez cauchemardesques. En ce temps-là, la mode était un art et les défilés de vraies performances. Les designers ne s’adressaient qu’à un public restreint. Le reste du monde ne comptait pas. A cette époque, Stephan Schneider, professeur de haute couture, vivait à Berlin. La floraison actuelle des boutiques de mode le réjouit. Mais il n’a pas oublié le désastre des années 80.

Les temps ont changé. L’atelier de c.neeons se trouve bel et bien dans une arrière-cour et les deux créatrices ressemblent effectivement à la plupart des filles qu’on croise dans Berlin Mitte. Mais leur vie n’a rien de bohème. Depuis qu’elles travaillent entre autres pour une chaîne d’hypermarchés, elles bossent sept jours sur sept et elles sont devenues des femmes d’affaires implacables. De nos jours, gagner de l’argent n’est plus honteux. Stephan Schneider, qui enseigne depuis six mois son savoir aux apprentis designers berlinois, en est convaincu. L’un après l’autre, les jeunes designers ouvrent leur boutique. Pour Stephan Schneider, c’est le signe que la mode berlinoise vient enfin de s’éveiller à la réalité.

Mais Berlin ne s’est pas totalement détourné du charme de ses célèbres arrière-cours. C’est en effet dans l’une d’entre elles que c.neeon expose les créations qui seront présentées lors de la Fashion Week de Berlin. Mais contrairement à autrefois, les ateliers avec vue sur cour ne sont plus un signe extérieur de rébellion contre le commerce, mais plutôt perçus comme « tendance ». En 2007, la clientèle internationale est prête à payer très cher pour ce chic underground si typiquement berlinois.




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