Visions - Biopics
Ces dernières années, les biopics, les biographies filmées de musiciens célèbres font fureur. L’exemple le plus connu est sans doute "Walk The Line", un film sur la vie de Johnny Cash qui a été primé aux oscars. Dans le même créneau, signalons deux nouveaux longs métrages sur deux stars qui n’ont pourtant jamais raffolé du battage médiatique : Bob Dylan et Kate Bush. Deux films très différents que Tracks vous présente maintenant.
"I'm not there" de Todd Haynes
"I'm not there"est le premier long métrage sur la vie de Bob Dylan, ou sur ce que sa vie aurait pu être. Le film prend en effet pas mal de liberté avec la vérité historique. Dylan est interprété par six comédiens différents, dont une femme et un adolescent. Le titre, "I'm not there – je ne suis pas là", est donc particulièrement bien choisi.
Todd Haynes : "Dylan était un personnage vraiment subversif dans les années 60, c’est l’une des raisons pour lesquelles je l’ai fait incarner par une femme pour les événements les plus marquants de sa vie. Le comportement et l’allure de Dylan en 1966, sa musique, tout cela étaient heurtait beaucoup les sensibilités de la scène folk et des gens en place. Il était aussi contestataire qu’un punk."
Cate Blanchett y joue le Bob Dylan des années 60, le rebelle écorché vif et grand pourfendeur de tabous. L’esthétique noir et blanc, façon pseudo-documentaire, donne au film de vrais accents d’authenticité.
Todd Haynes : "Les films biographiques traditionnels essaient de tout condenser dans une forme identifiable, de mettre le sujet dans une boite. Ce film refuse ce procédé. Même s’il reprend tous les grands moments de l’existence de Dylan, le passage à la guitare électrique, la conversion au christianisme. Le film mélange la fiction et le réel, mais il fait participer le spectateur, on est complice du procédé, on sait ce qui est vrai. Le film distingue aussi les différents chapitres de la vie de Dylan, ce qui permet de mieux appréhender sa personnalité contradictoire."
Le film ne laisse pas indifférent. Les puristes regrettent évidemment que "I’m not there" s’éloigne souvent de la personnalité de Dylan. Pour d’autres, en revanche, l’intérêt du film est précisément là.
"Come back Kate" von Helena Muskens und Quirine Racké
C'est à Amsterdam, à l’IDFA, le plus important festival du film documentaire d’Europe que Helena Muskens et Quirine Racké sont venus présenter "Come back Kate", leur film consacré à Kate Bush, l’une des popstars les plus excentriques d’Angleterre. Là aussi, Kate Bush ne joue pas elle-même. L’histoire se concentre principalement sur quelques fans de Kate dont la vie va être chamboulée par la musique de leur idole.
Le film vit exclusivement grâce aux fans de Kate. On y découvre par exemple une chanteuse amateur qui survit à un cancer, ou un prof de philo qui soigne sa dépression en écoutant Kate Bush. Ou de cette jeune femme qui découvre l’expression artistique et qui deviendra une photographe reconnue.
Quirine Racké : "On a trouvé que c’était un phénomène intéressant, que des groupes de gens, pas seulement en Angleterre mais aussi au Japon, en Italie, en Amérique, dans le monde entier, se forment autour de quelqu’un qui ne se montre pas. Dans notre époque post-moderne, où la famille, la religion, la communauté ont perdu de leur importance, la télévision, les médias et le culte des vedettes permettent aux gens de se créer une image et une identité."
Dans le domaine du biopic, "Come back Kate" et "I’m not there" sont tous les deux films innovants qui n’hésitent pas à se détourner de la star en tant que personne pour aller explorer le monde des possibles. Dans "Come Back Kate", les fans comblent le vide laissé par leur idole avec leurs propres espoirs, leurs rêves et leurs désirs. Dans "I’m not there", le réalisateur propose au spectateur une vision totalement revisitée du mythe Dylan.