Tribal - Bodyboarding

La Manche en hiver, dans les eaux de rejet d'une centrale thermique de Brighton: Tous les week-end, le parking des employés de la station électrique se transforme en squat pour vans et voitures break. Leurs planches sont trois fois plus courtes que celles les surfers classiques: grâce au bodyboard, ils glissent là où personne n'a jamais osé se mouiller.

En plongeant dans ces murs d'eaux mutants et difformes, les bodyboarders explorent de nouveaux territoires. Pour eux, les vagues sont des rampes de lancement, ou des lessiveuses géantes. Contre toute attente, le bastion européen des bodyboarders, c'est… Brighton!

A Newport Beach en Californie, le Wedge est le résultat détonnant de deux vagues qui se croisent. Depuis 2002, ce spot a tué six bodyboarders et en a envoyé des milliers d’autres à l’hôpital. Le bodyboard explose les limites du surf. Il s’inspire des premiers nageurs de vagues mélanésiens qui utilisaient leur corps comme planche. En 1971, l'ingénieur californien Tom Morey bricole dans son garage un pain de mousse recouvert de papier journal. Cette demi planche de surf est le premier bodyboard, un jouet à 25 dollars dont il vendra des millions d'exemplaires dans les années 80. Mais bientôt, des champions comme Mike Stewart font de ce simple jeu de plage un sport. Sans dérive, ultra-léger, le bodyboard permet tous les délires, faisant pénétrer les surfers dans l'ère du freestyle. Bali, l’île des Dieux, est la Mecque du surf. Des milliers d'accros de la glisse y débarquent chaque année à l'assaut de ses plus belles vagues. Mais depuis peu, plus agile et plus rapide, la nouvelle tribu des bodyboarders grignote le terrain de jeu des longboard.

Parmi elle, installé dans l'île depuis 6 ans, le français Silvio. À 28 ans, Sylvio a déjà plus de 15 années de bodyboard derrière lui. En France, il participait à des compétitions et titillait les sponsors. Mais il a tout plaqué pour l'Indonésie et un Warung, un hôtel sur la plage dont il partage une chambre avec sa fiancée japonaise, elle aussi bodyboardeuse. Pour financer sa vie de farniente, Silvio s’est lancé dans la customisation sur commande des planches de surf. Près de trente heures de travail par planche lui procurent des revenus qui permettent tout juste de vivre à Bali. Et malgré ses compromissions avec les surfeurs et leurs longues planches, il garde toujours l'esprit bodyboard! Pour fuir la foule et la pression, certains bodyboarders s'aventurent encore plus loin. À 3 heures d’avion, de Bali, dans l’île de Sumatra, il faut près de 5 heures de voiture à travers la jungle et les rizières pour atteindre le seul village au monde entièrement dédié à la biscotte, l'autre nom du bodyboard: Secret Sumatra. Chris, australien de 34 ans, a acheté son bout de paradis pour huit mille dollars il y a moins d'un an. Nourris, logés, baladés sur les spots pendant une semaine pour 350 euros, les bodyboarders accourent du monde entier dans ce camp qui ne peut accueillir que 12 personnes en même temps, loin des railleries des surfers à longue planches!




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