Backstage - Cabo Music
Tout s'accélère au Portugal depuis son entrée dans l'Europe, il y a 20 ans. Aujourd'hui, Lisbonne sa capitale rivalise avec les métropoles européennes. Mais ce boom économique et les grands travaux qui l'accompagnent cachent une autre réalité occultée.
A quelques kilomètres du centre ville, la favela de Fin Do Mondo, la fin du monde, rappelle que certains paient le prix fort pour cette réussite. Ils sont Angolais ou Cap Verdiens et vivent au Portugal comme des citoyens de seconde zone. La favela de Miraflores a été détruite il y a 8 ans. L'Etat portugais reloge ses immigrés dans des cités nouvelles comme Portosalvo. Selon le gouvernement, il s'agit d'une mesure de salubrité publique, mais les nouveaux habitants de ces ghettos de béton n'ont pas quitté leurs favelas sans heurt. Dans ces cubes, le regroupement forcé des communautés immigrées de toute l'Afrique lusophone crée de nouvelles tensions. Certains vivent même le temps des bidonvilles comme un âge d'or.
Si le Portugal n'a toujours pas réglé le problème des bidonvilles en 2006, c'est qu'il a vécu la moitié du XX siècle dans une bulle. Ce n'est que le 25 avril 1974 avec la révolution des œillets, que le Portugal met fin à la dictature salazariste qui l'avait coupée du monde pendant plus de 40 ans. Avec le retour à la démocratie, le nouveau gouvernement enclenche la décolonisation quinze ans après les autres pays européens. Entre 74 et 75, la Guinée-Bissau, le Mozambique, l'Angola et le Cap-Vert sortent de l'Empire colonial portugais. Leur héros: l'indépendantiste guinéen Amilcar Cabral. Le Portugal connaît alors une vague d'immigration massive.
On estime autour de 150 000 le nombre d'immigrés africains au Portugal. La plupart vivent dans ces cités fraîchement sortie de terre. Amadora, située aux alentours de Lisbonne est considérée comme la deuxième ville capverdienne au monde. Cova da Moura, aussi surnommé la 11ème île du Cap-Vert, pour un archipel qui en compte dix, est l'une des banlieues les plus chaudes de Lisbonne. C'est l'épicentre de toutes les frictions avec la police où se multiplient les bavures au point qu'Amnesty International tire la sonnette d'alarme depuis trois ans. Angolais et cap-verdiens se disputent cette cité, attisant le racisme inter communautaire.