Backstage - Dancehall Divas
[re-diffusion >>TRACKS Hits]Montego Bay, au Nord Ouest de la Jamaïque. Face à la Mer des Caraïbes, au Dancehall Queen Contest, les concurrentes s'affrontent pour le titre de meilleure danseuse de l'année. Au même moment, à 300 mètres de là, le 11e Reggae Sumfest fait le plein. Pendant une semaine, on y retrouve toutes les plus grandes stars de la musique jamaïcaine.
Parmi elles, Lady Saw. Reine de la provo depuis 15 ans, c'est la bad girl par excellence. Née dans le ghetto, elle a été menacée de bannissement par le maire de Montego Bay et d'exclusion du Sumfest, l'année dernière, pour "comportement obscène". Elle ouvre la voie à toute une nouvelle génération de chanteuses de ragga: les dancehall divas.
Depuis le début de l'année en Jamaïque, on compte plus de mille morts violentes, dont près de 20% de femmes, assassinées chez elles par leurs conjoints. Dans cette ancienne colonie anglaise très puritaine, le droit des femmes n'est toléré que quand elles restent soumises. Pourtant, le reggae et les femmes c'est une longue histoire. En 1964, Millie Small signe le premier tube international de la musique jamaïcaine en vendant 6 millions de "My Boy Lollipop".
Compagne du chanteur Bob Andy, Marcia Griffiths a démarré sa carrière quand Millie Small a explosé. Décorée du "Order of Distinction", l'équivalent de la Légion d'honneur en Jamaïque, celle qu'on surnomme "l'impératrice du Reggae" est surtout connue pour avoir été l'une des trois I-threes, les choristes de Bob Marley.
Le sexe, pour les femmes, est le moteur de l'industrie musicale en Jamaïque et c'est dans les dancehalls que tout se fabrique. A l'Asylum, la boîte la plus chaude de Kingston, c'est la Ladies' Night. Tous les mardis, les filles inventent ici les looks et les danses qui vont inspirer, dans les semaines qui suivent, les divas du dancehall. Dans ces clubs, c'est à qui sera la reine de la danse. Les looks et les pas viennent des ghettos. Cette culture de la Dancehall Queen influence aujourd'hui jusqu'aux stars du rap américain.
La dancehall queen en Jamaïque, ça remonte à l'esclavage. Dès le 17e siècle, dans les plantations de canne à sucre, les esclaves organisent des bals au cours desquels on élit la meilleure danseuse. Extrêmement codifiées, ces danses d'inspiration africaine sont très explicites et permettent à la lauréate de grimper dans la hiérarchie des esclaves. La reine bénéficie de privilèges allant même jusqu'à l'émancipation. Quatre siècles plus tard, c'est la même histoire qui perdure au Dancehall Queen contest, sur les quais de Montego Bay. Créé en 1997, c'est l'événement le plus attendu du public jamaïcain. En un soir, quarante candidates venues de toute la Jamaïque mais aussi des îles voisines et même d'Amérique, d'Europe ou du Japon rivalisent devant 5000 spectateurs. Parmi eux, la moitié sont des femmes. Méprisées par les bien-pensants, adulées par leurs fans, les dancehall queens se sont fabriquées un monde 100% féminin dans une société jamaïcaine aux règles dictées par les hommes et l'Eglise.
Ce'cil, c'est la reine des dancehall divas. Comme toutes les chanteuses de sa génération, elle se nourrit de la rue et des trouvailles des dancehall queens pour fabriquer son image. Sa dernière provo: le hit "Do it to me" littéralement "fais-le moi", un appel au cunnilingus totalement tabou en Jamaïque. Elle prépare son premier album dans le studio de Shaggy, le plus moderne d'Uptown Kingston.