Backstage - Digital Dub

Dub dub dub, ça fait trente ans que cette musique venue de Jamaïque envoie ces effets et ces réverbes sur le monde entier, après l'Angleterre sa nouvelle victime la France.

Depuis plus de trente ans, le dub a ses disciples. Sans lui, pas de remix, pas de Drum'n Bass ni même de techno. En 72, avec quelques autres défricheurs à Kingston, Lee Perry déconstruit le reggae en éparpillant les instruments sur sa table de mixage. Des morceaux sans paroles, triturés par des effets rudimentaires. King Tubby sera son orfèvre, suivi par des visionnaires comme Augustus Pablo ou Scientist qui révolutionnent les sound-systems. Au milieu des années 70, dans le sillage des immigrés jamaïcains à Londres, le dub gagne la jeunesse ouvrière blanche. Amorcée par le carnaval de Notting Hill, la fusion s'opère en 76 au Roxy, où le DJ Don Letts fait danser les Sex Pistols et les Clash sur du dub et du reggae. Dès leur début, les Clash intégrent à leurs morceaux des techniques directement issues du dub.

A l'époque, Adrian Sherwood n'a pas 20 ans. Avec Mad Professor, dès 80, il devient un des maîtres du dub anglais, poussant toujours plus loin l'expérimentation des jamaïcains au sein de son Label On-U-sound. Aujourd'hui, il collabore avec Asian Dub Foundation ou Bim Sherman, mélange Blues et dub avec Little Axe et sort son premier album en solo, "Never Trust a Hippy".

A l'instar des studios américains de Missy Elliot à Busta Rhymes lourdement influencés par les techniques du dub, ce style a su se renouveler avec l'arrivée des ordinateurs et des sampleurs. En 85, Nick fondait le sound system Manasseh lors du carnaval de Notting Hill. Aujourd'hui, il est devenu l'un des artisans de ce nouveau dub digital anglais qui n'a pas oublié ses racines. Dans le calme londonien, les musiciens du dub digital apportent d'autres influences, comme le jazz ou le blues. Désormais, c'est un genre à part entière.

Manasseh
Les gens ne sont pas fatigués des effets. Ca continue de les surprendre. Le dub, c'est une façon de rendre le studio visible à travers la musique. Il n'est plus transparent, il fait parti de la musique. Quand tu fais du dub sur un ordinateur, c'est mieux de le composer directement plutôt que d'enregistrer un morceau entier et d'ensuite de le transformer en dub sur la console de mixage.

Tous les mois, les meilleurs sounds systems d'Angleterre se retrouvent à l'University of dub de Brixton. Les Iration Steppas, venus de Leeds, installent leurs enceintes en triangle pour que le public ressente au mieux les basses. On ne saura rien en revanche de la puissance des enceintes. Les Iration Steppas sont les spécialistes d'un dub typiquement anglais, le steppa, plus dur, au rythme saccadé.

Bunninton Rogers / Iration Steppas
Ce n'est pas un reggae doux. Il est dur parce que ce qu'on vit est dur. Le public en redemande: plus c'est dur, plus ils kiffent, plus c'est underground, plus ça cartonne. C'est pour ça qu'ils veulent l'entendre à fond. Ils ne veulent pas écouter de paroles, ils veulent ressentir la musique. Alors, tu pousses les basses au maximum. Sens ça! Ecoute ça!

Depuis plus de cinq ans, le dub fait aussi des adeptes dans toute la France. Avec les Improvisator Dub de Bordeaux, les High Tone de Lyon, les Zenzile d'Angers le french dub explose.

Matthieu / Zenzile
La particularité des groupes français, c'est d'avoir projeté ce style de musique, de l'avoir amené des studios à la scène pour le jouer live. C'est contradictoire avec l'esprit du dub qui est une musique toute droit sortie des studios.

Ignoré par les média, proche de son public, le dub c'est aussi un style de vie. En ramenant carrément son studio sur scène le duo de Saint-Etienne les Brain Damage inventent le mot dub.



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