Tribal - Emancypunx
Varsovie et sa silhouette de petit Manhattan de l'Est… Depuis 17 ans, la Pologne est devenue capitaliste, chaotique et catholique. Face aux gratte-ciels flambant neuf, les églises tiennent bon et font monter la pression.
Lech Kaczinsky, dit le canard
La Pologne nage en ce moment en plein surréalisme. Les frères jumeaux Kaczynsky contrôlent la présidence du pays, la mairie de Varsovie et le parti au pouvoir, Droit et Justice. Surnommés les deux canards, ils se sont alliés à deux autres joyeux lurons: Andrzej Lepper du parti populiste Autodefense et à Roman Giertych la ligue des familles polonaises, nationaliste et ultra catholique. La révolution morale est en marche.
Trois semaines après son élection à la présidence de la république, en octobre 2005, Kaczynski passe à l'action. Une manifestation pour la défense des droits de l`homme et de l’égalité est interdite à Poznan. Les jeunes défilent malgré tout. Le ton est donné. La libération de la Pologne repose sur un paradoxe qu'incarnait déjà le leader de Solidarité Lech Walesa. Fervent catholique, il a libéré le pays du communisme tout en favorisant les factions les plus rétrogrades du pays. Avec l'intégration dans la communauté européenne, une partie de la société polonaise se replie sur elle-même. Les bigots se sentent pousser des ailes et en profitent. A Lodz, l'année dernière, les ligues anti-IVG mélangent en pleine rue images de guerre et avortement avec l'accord de la mairie.
Chasse aux sorcières
Le 25 mars dernier, le maire de Varsovie ordonne la fermeture du club gay le Madame. Sous prétexte de loyer impayé se cache une politique de chasse aux homosexuels. Après 6 jours de siège et malgré le soutien de l'acteur John Malkovich, la police évacue les 200 militants. Quelques semaines plus tôt, Tracks avait rencontré Krystian Legierski le fondateur du Madame.
Né au sud du pays d'un père africain et d'une mère polonaise, Krystian Legierski, 27 ans, savait qu'il était la cible du pouvoir. Ouvert il y a trois ans, le Madame était devenu le lieu de rendez vous des jeunes artistes et des journalistes indépendants. La petite entreprise de Krystian marchait si bien qu'il avait créé deux autres clubs alternatifs. Juriste, Krystian est en première ligne dans le combat pour les libertés individuelles aujourd'hui maltraitées en Pologne. Féministes, lesbiennes, femmes battues, militantes pour le droit à l'avortement se retrouvaient aussi au Madame! Un vrai cauchemar pour le maire de Varsovie.
Les filles d'Emancypunx
Il y a dix ans, les filles d'Emancypunx tirent la sonnette d'alarme. Elles inventent un cocktail détonnant mélangeant anarcho-punks. Fidèle au Do It Yourself, l'organisation édite des fanzines, produit des groupes de musique et participe au désormais célébre festival itinérant Ladyfest qui rassemble chaque année des riot girls du monde entier. Suédoises, argentines, bielorusses ou brésiliennes...
L'émancipation passe par le punk
Le collectif met désormais toutes ses forces dans la bataille musicale, convaincu que l'émancipation passe par le punk. La deuxieme édition du Ladyfest polonais se passait début décembre 2005 au Centralny Dom Qltury, l'un des rares lieux alternatif de la capitale et au Madame. Par crainte des infiltrations policières, l'heure était à la parano. Les médias n'étaient pas les bienvenus. En marge du festival, Emancypunx défile dans une marche contre les discriminations. Sur leurs banderoles, des messages qui en disent long sur la situation des femmes en Pologne : "Non au viol!", "Ton corps t'appartient!".
Sur une place de Varsovie, les filles d'Emancypunx font du théâtre social, en mettant en scène les violences conjugales. Un sujet occulté en Pologne, où près d'une femme sur deux seraient battues. Difficile d'en savoir plus.