Tribal - Les game-activistes
Les game-activistes customisent leurs combats à coup de jeux vidéos.
La contestation par le jeu, c'est pas nouveau: dès 1789, les révolutionnaires français créent des jeux de cartes sans roi ni reine! Plus tard, les suffragettes anglaises ou les défenseurs du capitaine Dreyfus utiliseront les jeux pour faire entendre leur voix. En 1904, Land Lord Game dénonce la spéculation foncière. 25 ans plus tard il prend un nouveau nom: Monopoly. En 77, les ouvriers de Lip le détournent en Chomageopoly!
Propagamers
Utiliser l'univers du jeu vidéo au service d'une cause politique, c'est le crédo des propagamers. Parmi les propagames les plus téléchargés, un jeu inventé par des activistes italiens sur la multinationale du fast food. Votre mission : gérer au mieux l’entreprise. Il va falloir jongler avec la pression des actionnaires, doper les bœufs aux hormones et virer à la chaîne ; le joueur se rend vite à l'évidence : impossible de gérer le business de façon équitable.
Gonzalo Frasca
Aujourd'hui, les jeux vidéos activistes ont même leur théoricien : Gonzalo Frasca. Cet Uruguayen connaît sur le bout de la souris ces jeux téléchargeables gratuitement sur le net qui inaugurent l'ère de l'engagement numérique.
Gonzalo Frasca – Créateur de jeux vidéos : "Comme un jeu est un système, il permet d'analyser les problèmes d'une façon plus globale, plus complexe je crois que en roman ou en film."
"September 12th" est l’un des premiers jeux créés par Frasca. Le gamer est invité à éliminer les terroristes qui pullulent à Bagdad. Problème plus on en tue, plus il en apparaît. Impossible de gagner, plus de 2 millions de joueurs s'y sont cassés le nez. Ironie de l'Histoire : les premiers propagames sortent des laboratoires de l'Armée Américaine : une façon pour elle d'investir le cerveau des nerds dès le début de la Seconde Guerre du Golfe. Et pour cela, elle a même tenté, sans succès de débaucher Frasca!
Mais les altergamers ont d'autres combats à livrer : en 2003, avec Escape from Woomera, le joueur est un demandeur d’asile enfermé dans un Guantanamo Australien. Petit détail : ce camp existe bel et bien, et c'est ce jeu qui l'a révélé!
Contrevents
C'est en surfant sur cette recette du message par le jeu que les activités de "Génération Précaire" ont investi Paris pour un parcours du gamer-combattant. Du Sénat à l'Opéra Bastille, "1 2 3 Soleil" devient "1 2 3 Stagiaires" : celui qui refuse d’être corvéable à merci redescend de trois marches. "Génération Précaire" a même son propre jeu de cartes, téléchargeable sur internet. Il a été gracieusement fabriqué par Contrevents, un éditeur spécialisé dans les jeux de sociétés militants.
En marge de leurs actions militantes, "Prévention Sida" pour l’un, "Greenpeace pour l’autre", Laurent et Xavier créent des jeux à la fois satiriques et éducatifs 100% papier recyclé et surtout pas Made In China comme les autres. Dernier en date: "Atomic Business" qui stigmatise les violations du traîté de non prolifération nucléaire.
Collectif les sous réalistes
Pour agiter son message, le collectif des sous réalistes s'essaie au jeu d'une politique fiction située en 2042, où les députés sont les représentants des multinationales. Les animations sont réalisées grâce au logiciel flash et les voix enregistrés dans une cave par ce trio d'activistes. Récemment, leur site imaginait la mort du ministre de l'intérieur, de quoi exciter la curiosité.