Backstage - Grindie

Quand le flow Grime s'accoquine aux guitares Indies

Londres vient de générer un nouveau courant musical : le Grindie, un mélange de Grime, ce rap typiquement anglais, crasseux et sombre, avec le top du Rock Indie. Tous les mois à la Scala, des jeunes punks, branchés indies ou pop, croisent les bad boys de l'East End. Depuis plus d'un an, Statik et Lethal Bizzle, pionners du genre, collaborent avec The Rakes, Test Iciclites ou les Babyshambles. De leur côté les blancs ne sont pas en reste : Scroobius Pip ou Example surfent sur le grindie.

Depuis ses origines, le grime, crasse, en VF, trimballe son franc-parler et sa sale réputation. Popularisé par Dizzee Rascal, né en 2000 dans l'East London, ce rap brut et rude, trempé dans l'électro, met vite le feu aux poudres. Le gouvernement anglais fait fermer les clubs de grime où les armes à feu font irruption. Pour les MCs, c'est la traversée du désert.

Jusqu'au jour où le rappeur Lethal Bizzle découvre un nouveau terrain de jeu : les pubs et les clubs de l'Indie rock. Mot de passe : le grindie, un pied dans la porte qui ouvre les salles jusque-là réservées aux fans de rock. C'est en 2006 que Lethal Bizzle décide de chasser sur les terres Indie. Son arme : le Grindie contraction de Grime et d'Indie. Lethal fait partie des artistes Grime qui ont dû subir la censure du gouvernement Blair. En 2004, son hit « Pow! Wow » déchaîne les foules. Face au débordement du public, le morceau est banni des ondes et des concerts. Pour son deuxième album, ce jeune Ghanéen qui a grandi dans le nord de Londres reprend un titre sorti en 79 « Babylon's burning » du groupe punk The Ruts. Du Crossover au Grindie, il n'y a qu'un pas que Bizzle franchit. Aujourd'hui les nouveaux amis de Lethal Bizzle sont The Rakes, les Test Icicles ou les Babyshambles. Et le rappeur ne joue plus que dans les pubs aux côtés des groupes Indies.

Statik est le producteur de Lethal Bizzle et grand fan de rock Indie. Après avoir remixé "Positive Tension" de Bloc Party, Statik s'attaque à The Rakes, Kaiser Chiefs, Franz Ferdinand ou Pete Doherty. Intitulée « Grindie, volume 1 » et sortie en mai 2006, sa mix-tape signe l'acte de naissance de ce mutant musical. Sur le prochain album de son protégé, Lethal Bizzle, la bande-son est assurée par les Babyshambles et le rappeur reprend le titre des Clash « Police on my back ».

Pour le producteur Statik, la scène anglaise revit les beaux jours de la fin des années 70, quand les punks et les rastas ne faisaient pas chambre à part. Dès les années 60, avec la british invasion, l'Angleterre joue le rôle de caisse de résonance pour les musiques laissées dans la marge. Comme le blues que les Rolling Stones , les Yardbirds ou les Animals font sortir du ghetto. Fin des années 70, les Clash, eux jettent un pont entre le punk et le reggae. Une imbrication qui va au-delà de la musique en 81 avec les émeutes de Brixton où les jeunes prolos blancs Mods et Skinheads descendent dans les rues au côté des Rudeboys noirs.
Héritier de la british invasion, Scroobius Pip met les pieds dans le Grime sans complexe tout en envoyant valser les ténors de l'Indie rock. Venu de la scène Spoken-words du Sud de l'Angleterre, ce rappeur barbu tire son nom d'un poème d'Edouard Lear. Quant à celui de son producteur, Dan le sac, c'est plus douteux. Le duo s'amuse à piétiner les plates-bandes des puristes du grime et de l'Indie.
Accompagné de son DJ qui sample les Rolling Stones et de son bassiste, Example s'est converti au Grindie la tête la première. Pour Example, 25 ans, le Grindie est un accélérateur de vente. En vrai opportuniste, Example saisit la balle Grindie au bond. Et lorsque son réalisateur lui propose de tourner son clip "What We Made" à Tchernobyl, il n'hésite pas une seconde. Depuis il a résolument rejoint la cause anti-nucléaire.



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