Backstage - Belfast
Déchirée par les attentats, traumatisée par la guerre civile, la capitale d'Irlande du Nord veut sortir du cauchemar. Et ses musiciens sont en premières lignes.
Belfast aujourd'hui
3637 morts, 45 000 blessés et 15 300 attentats à la bombe: c'est la réalité de l'Irlande du Nord depuis 35 ans. Théâtre principal de cette guerre civile: Belfast, où chaque foyer a vécu dans sa chair ce qu'on appelle pudiquement ici "les troubles". Depuis 69, la Peace Line, la ligne de paix, coupe la ville en deux camps: catholiques contre protestants. Et quand la tension monte, les portes se referment.
Historique du conflit
Cette guerre remonte à la conquête de l’Irlande par l'Angleterre en 1169. Pendant plus de huit siècles, les catholiques Irlandais s’opposent aux colons protestants. Soulèvements militaires et traités avortés se succèdent jusqu’en 1921. Cette année-là, le gouvernement anglais coupe l’île en deux. Au Nord, la plus grande partie de l'Ulster demeure attachée à la couronne britannique. Le reste de l'île obtient son indépendance.
Une paix relative dure 50 ans. Mais en 72, c’est le Bloody Sunday. Une marche pacifiste catholique dégénère à Londonderry, près de Belfast. L’armée britannique ouvre le feu. On compte 14 morts. Les catholiques de l'IRA et les protestants de l'UDA entrent en guerre.
Il y a 6 mois, le 28 juillet 2005, coup de théâtre: l’IRA annonce officiellement le dépôt des armes et la fin de la lutte armée. Mais il ne suffit pas d'annoncer la paix pour la faire. Début septembre 2005, un mois et demi plus tard, les extrémistes protestants font sombrer la ville dans 3 jours de chaos total. Les vieux démons ne sont jamais loin.
Le festival Belfest
Pendant ces années, les musiciens irlandais comme les Them de Van Morrisson, Rory Gallagher ou Thin Lizzy préfère l'exil. Jusqu'à ce qu'une nouvelle génération revendique ses origines, des Undertones à U2 avec leur hit "Bloody Sunday". Les musiciens se retrouvent pris dans le bourbier politique, sommés de choisir leur camp. C'est pour sortir de cette impasse qu'est créé le festival Belfest. Cette année, plus de 30 groupes investissent les pubs de la capitale d'Irlande du Nord laissant dans les loges les étiquettes politiques.
A voir dans le reportage
Red Sirus, formé en octobre 2001, le groupe phare de Belfast.
Alternative Ulster, du seul magazine musical indépendant d’Irlande du Nord. Créé en 2003, il compte aujourd’hui plus de 20 000 lecteurs qui portent les espoirs des Belfasters.
Just a Word, seul groupe fusion hip-hop d’Irlande du Nord. Originaires d’Armagh, au nord de Belfast, formés en 2003, ils commencent à se faire un nom en Angleterre au festival de Glastonburry ou en première partie des américains de D12.
Formé en 2003, Tin Pot Operation, composé d’ingénieurs et d’informaticiens fait partie des rares groupes de Belfast à refuser de rentrer dans un camp tout en militant pour sa propre cause.
Les Mojo Fury n'ont pas connu le Belfast ravagé. Comme la majorité des musiciens de la nouvelle génération d’Irlande du Nord, avec 19 ans de moyenne d'âge, ce trio refuse catégoriquement de parler de politique.
Dead End Sluts enfoncent le clou sur fond de métal gothique, provo ultime en ces terres de croyants. Pour eux la religion n’est plus taboue et ils préfèrent jouer avec les signes pour conjurer le sort.