Vision - Capitulation
Joignabilité permanente, interconnexion globale, surinformation. La consultation des e-mails est devenue une obsession et, même en vacances, la sonnerie du portable nous harcèle sans relâche. Pas étonnant, dans ces conditions, que certains soient épuisés dès le réveil. Les oasis de tranquillité se font de plus en plus rares et le farniente est un privilège d’une autre époque.
A ce rythme-là, même le plus dur à cuire des managers finit tôt ou tard par se retrouver sur les rotules. La presse et la littérature spécialisée proposent depuis longtemps des formules antistress de toutes sortes, mais la solution, c’est le « downshifting » : c’est-à-dire l’art et la manière de lever le pied. En d’autres termes : travailler moins pour vivre plus. Mais dans certains cas, refuser les heures sup et partir en vacances ne suffit plus.
Dans son dernier album Kapitulation, le groupe allemand Tocotronic appelle au refus de toute forme de contrainte et de stress. C’est ce refus que le groupe appelle la « capitulation ». Dans les textes du chanteur Dirk von Lowtzow, ce qui est communément perçu comme négatif devient positif.
Dirk von Lowtzow : « Pour nous, le concept de 'capitulation' était assez important dans la mesure où il nous permettait d’éviter l’amalgame avec l’idée de l’échec.
L’échec est quelque chose d’involontaire, alors que la capitulation est un geste qui a une dimension supérieure. C’est un geste autodéterminé, qui consiste à déposer les armes de manière voulue et qui consiste à dire : 'voilà : moi, je n’irai pas plus loin' ».
En combattant l’idée de rendement et de performance, le groupe Tocotronic se fait le porte parole de tous ceux qui veulent échapper à la roue du hamster. Pour l’ écrivain anglais Tom Hodgkinson, le travail à horaire fixe, c’est LE frein par excellence à la créativité. Plus qu’une philosophie, le farniente est pour lui une façon de vivre : ne rien faire est un acte de rébellion contre la société de consommation. C’est exactement le genre d’idées que le public adore. Les livres de Tom sont des best-sellers. Depuis quatorze ans, il est également éditeur de la revue « The idler – le paresseux ».
Mais de nos jours, un agenda plein à craquer reste un symbole de réussite sociale.
Et d’ailleurs, considérer l’oisiveté comme un idéal absolu est un luxe que peu de gens peuvent se permettre. Même les opposants au culte de la performance s’en rendent compte.
En effet, le quotidien est un business implacable. Tom, l’écrivain, sillonne l’Europe de séminaire en conférence. Et pour l’interview de Tracks, Dirk, le chanteur de Tocotronic, a dû interrompre ses vacances.
Mais tous les deux ont au moins le mérite de réclamer haut et fort ce dont tout le monde rêve : plus de boulot pour personne et du temps libre pour tout le monde.