Dream - Laibach
Après six ans de stand-by, le groupe le plus controversé et le plus connu de Slovénie vient de sortir un nouvel album. Le retour sur scène a été célébré comme il se doit à Trbovlje, la petite ville minière dont le groupe est originaire.
D‘entrée de jeu, le groupe se sert de l‘esthétique fasciste pour inciter à la réflexion sur l‘histoire de la Slovénie, un pays qui a vécu sous domination étrangère jusqu‘en 1990. A l‘époque de la création de Laibach, les quatre peuples de la Yougoslavie vivaient au sein d‘un seul et même état, dirigé par Tito, le dictateur socialiste. A la mort de ce dernier, en mai 1980, le pays commença à se désagrégrer peu à peu.
Que ce soit en revisitant de vieux tubes des années 80, comme leur charmante version militaro-gutturale de „Life is Life“( que vous pouvez télécharger en MP3 sur leur site), ou par leur look à mi-chemin entre les jeunesses hitlériennes et les frusques du chasseur BCBG, Laibach a toujours donné dans la provocation. Frappé d’interdiction en Yougoslavie, incompris et taxé de tendances fascistes à l‘étranger, le groupe signe tout de même avec le label anglais Mute Records en 1986. Daniel Miller, le parton de Mute, qui avait déjà découvert Depeche Mode, a reconnu leur potentiel.
Daniel Miller: "Ils jouent le rôle d’un écran sur lequel les gens projettent leur peurs et leur culpabilité nées du passé. Ils peuvent projeter tout ça sur Laibach ( laïbar), Laibach provoque ce genre de réactions. S’il leur arrive d’avoir des ennuis, ce n’est pas par ce qu’ils font mais par les projections qu’ils suscitent."
„Un empire, un sang, une volonté forte – donnez-moi une image qui me guide“. Le groupe refuse obstinément de s‘exprimer sur les reproches de fascisme qui lui sont faits. Derrière l‘apparente fureur primale des spectacles de Laibach se cache une structure philosophique assez complexe. Par ses allusions au fascisme et au communisme, le groupe veut démontrer l‘absurdité en soi de toute forme d‘idéologie. Leurs sonorités sans compromis, entre la techno et les marches militaires, ainsi que leurs thématiques récurrentes comme l‘hystérie de masse et le totalitarisme, ont évidemment été allègrement pompées par d‘autres musiciens. Les plus connus d‘entre eux sont Rammstein et Marilyn Manson.
Aujourd‘hui, Laibach déroule sa techno pure et dure sans se poser de questions et limite la provocation à un look tendance totalitaire. La politique n‘est plus leur chasse gardée depuis belle lurette.