Backstage - Rock the Casbah!
Sur fond de métal ou de hip hop, la jeunesse marocaine veut faire plier le pouvoir. Une nouvelle génération réclame le droit à la parole. Rencontre avec H-Kayne, Reborn, Hoba Hoba Spirit, les Mystic Moods.
Au Maroc, sur trente millions d'habitants, près des trois-quart a moins de vingt-cinq ans. Dans ce pays tiraillé entre tradition et modernité, pas toujours facile de se faire une place au soleil. A Casablanca, la capitale économique du pays, les paraboles captent les chaînes musicales occidentales, mais gare à ceux qui en importent les modes les plus hardcore.
Procès pour satanisme
Le 16 février 2003, Nabyl et Amine l'ont payé cher. Comme 14 jeunes marocains, ces fans de métal ont été arrêtés chez eux, puis emprisonnés pour incitation à la débauche et atteinte à la religion musulmane. Le vrai crime de Nabyl et Amine? Etre membres de Reborn, l'un des plus importants groupe de métal de Casablanca. Entre Grind et Death, ils n'avaient donné qu'un seul concert avant leur arrestation. Présentés par l’accusation comme adorateurs de Satan, les inculpés encourent jusqu’à 3 ans de prison ferme. Après trois semaines de mobilisation de la jeunesse à Casa, c'est l'acquittement général.
Bled Skizofren
Pour beaucoup, le procès des pseudo-satanistes de Casablanca n'était qu'une concession au parti intégriste qui avait fait une percée importante au Parlement en 2002. Deux mois après le procès, cinq attentats suicides visent des institutions juives, des restaurant et un hôtel, tuant 33 personnes. Les kamikazes avaient le même âge que les fans de Metal. Une génération tiraillée entre deux extrêmes que résume parfaitement le groupe de fusion Hoba Hoba Spirit avec son dernier album "Bled Skizofren". L'un de ses membres était sur le banc des accusés à Casa. Le groupe est toujours sous le choc!
Le festival
Pour tous les nouveaux groupes marocain de l'electro au métal, la seule opportunité de se produire sur scène, c'est le festival "Boulevard des jeunes musiciens". Organisée dans un stade de Casablanca, sans aucune aide de l’Etat, cette 7ème édition accueille sur 4 jours plus de 40 concerts et 120 000 personnes. Une véritable soupape pour la jeunesse marocaine.
Reda / Hoba Hoba Spirit : "De temps en temps on nous rappelle qu’on n’est pas chez nous, quand on se lâche un petit peu trop, ils arrivent et « ah au fait il y a le bon goût ! » c’est moi qui décide du bon goût. Le « moi » en question étant flou, le « bon goût en question » étant encore plus flou. Mais le sentiment qui n’est pas flou c’est qu’on n’est pas chez nous. Voilà. D’où tu peux tirer de cette conclusion des tas de choses : cette énergie qu’il y a dans l’underground, l’espèce de rage du public qui vient aux concerts, l’espèce d’envie des 80 % de la jeunesse marocaine de vouloir aller dans un autre pays. Tous ça, ça se décline de cet esprit la…qu’on est pas chez nous. C’est comme si on habitait chez nos parents".