L'actionniste viennois Hermann Nitsch
Les délires de l’artiste Hermann Nitsch : du sang, de la boue et des femmes nues. Vienne, dans les années 60. L’artiste actionniste Hermann Nitsch est en pleine frénésie créatrice. Parmi les observateurs de l’époque, beaucoup se demandaient si c’était de l’art ou du cochon. Une question qu’on se pose toujours aujourd’hui.
Hermann Nitsch aime choquer. C’est un provocateur, mais un provocateur qui a réussi. Depuis plus de trente ans, le Dracula de l’actionnisme habite le château de Prinzendorf, dans la campagne viennoise. Hermann Nitsch dessinant au crayon, ça frise l’absurdité : c’est un peu comme si Keith Richards se mettait à jouer de la harpe. Quand on leur parle de Nitsch, beaucoup de gens voient rouge, notamment les sociétés protectrices des animaux, les féministes, les soixante-huitards ou les ecclésiastiques. Tous sont d’accord : Nitsch est scandaleux. Mais Nitsch, il en pense quoi ?
Hermann Nitsch : "Mon but est de créer de l’intensité. Je veux faire de l’art intense, de l’art qui secoue les esprits et qui les réveille."
Ses peintures performances, qu’il réalise en balançant des seaux de sang sur les toiles, l’ont rendu célèbre. Autrefois, il travaillait parfois avec du lait caillé ou avec de l’essence. Aujourd’hui, il utilise aussi avec de la peinture normale. Des animaux dépecés, des tonnes de raisins, des figurants à la pelle… Autant d’ingrédients du chef-d’œuvre de sa vie : « le Théâtre des Orgies et des Mystères », la plus grande performance jamais réalisée. Six jours d’hystérie décadente, à mi-chemin entre la folie furieuse et le grand art.
Hermann Nitsch : "Une œuvre d’art globale, comme celle-ci, n’est pas un défi sportif. Un événement réel est automatiquement une œuvre d’art globale. Elle a un goût, elle a une odeur. On peut l’écouter, on peut la regarder, on peut la toucher."
Chez Hermann Nitsch, les boyaux deviennent œuvres d’art. Pourtant, son but n’a jamais été de dégoûter le public, mais de sonder les profondeurs inconscientes et obscures de notre âme. Mais pour la société bien pensante, Nitsch va trop loin et à plusieurs reprises, il est arrêté par la police. Musicalement, Nitsch se dit féru d’Arnold Schönberg et de Richard Wagner. Mais philosophiquement, il a été un punk avant la lettre. Pour les groupes punks et trash metal, Hermann Nitsch a certainement été un maître à penser. Ils partagent avec lui le goût de l’excès absolu et un acharnement à pulvériser les tabous en toute décontraction.