Débat - Rap
Face aux émeutes de novembre, les rappeurs sont sommés de choisir leur camp. En recherche de porte-parole des banlieues, les medias ont révélé les frictions au sein de la scène hip hop. Révoltés, observateurs ou militants, les rappeurs se déchirent sur la marche à suivre. Aujourd'hui, ce débat est dans Tracks. Confronté aux tensions des cités, le seul terrain neutre, c'est Paris. Dans les sous-sols de l'avenue de l'Opéra, au club "Paris Paris", Tracks réunit les trois figures majeures du rap français aux opinions bien tranchées : Joey Starr, Disiz la Peste et Ekoué de La Rumeur.
Comme l'avait fait Brel Ferré et Brassens, quelques mois après mai 68, nos trois rappeurs passent à table sur fond de crise des banlieues. Grande gueule, poète ou rebelle, ils enfilent sans broncher le costard de leur aînés musiciens.
Ekoué de la Rumeur
Ekoué, 30 ans, du groupe La Rumeur, c'est le dur à cuir. Après avoir fait ses armes aux côtés du groupe Assassin, il sort en 97 son premier morceau "Blessé dans mon Ego", un rap qui met les pieds dans le plat de sa double-culture franco-togolaise. Dans la ligne de mire d'Ekoué: les bavures policières, les rapports Nord Sud ou les politiques d'immigration. Du lourd. Face à Disiz la Peste et à Joey Starr, le rap d'Ekoué, diplômé d'une maîtrise en science politique se veut engagé. Pour Ekoué, les racines du mal des banlieues se cristallisent dans les bavures. Depuis Vaulx-en-Velin en 91, elles sont le détonateur des émeutes en banlieue. Dans son fanzine et dans ses raps, La Rumeur brise la loi du silence sur ce sujet tabou en France, ce qui vaut à Hamé, l'un de ses membres d'être traîné devant les tribunaux. Acquitté en première audience le groupe vient de passer cette semaine encore devant la cour d’appel.
Disiz la Peste
Disiz la Peste détonne dans le hip hop. Avec « j'pête les plombs », en 2000, son hip-hop parodique et humoristique sort du ghetto rap, avec 700 000 disques au compteur. Contre la démagogie du rap de rue, ce métis franco-sénégalais de 27 ans refuse de se laisser enfermer dans les clichés des banlieues. Au point, pour les puristes, de trahir la cause hip hop. Le quatrième album de Disiz La Peste sort quelques jours avant le début des émeutes. Invité sur les plateaux télé pendant la crise des banlieues, il joue les modérés. "On a la carte d’identité, on est allé à l’école, on n’a pas le droit de cracher dans la soupe" dit-il. Des prises de positions qui font scandale chez les rappeurs.
Joey Starr
Avec 20 ans au service du hip hop, Joey Starr est le vétéran de ce débat. Avec son acolyte Kool Shen il a formé au sein de NTM le groupe de rap le plus sulfureux de l’hexagone. Premiers rappeurs à remplir un Zénith, le duo enchaîne les polémiques sur le suicide, les joints ou la police. En 96, ils sont condamnés à 6 mois ferme pour outrage à agents lors d'un concert, une peine réduite à 2 mois avec sursis en appel. Avec NTM, Joey Starr, 38 ans vend plus de 500.000 exemplaires de "Paris sous les bombes". Leur premier titre "Le Monde de demain" écrit en 90 annonçait l'automne brûlant de 2005.