Backstage - Rap israelo arabe

Depuis 2002, cette barrière de sécurité longue de 750 kilomètres sépare Israël de la Cisjordanie. Construite par l'état hébreu pour prévenir les infiltrations des kamikazes palestiniens, elle sépare deux mondes qui ont de plus en plus de mal à communiquer. En Israël, juifs, arabes, druzes et chrétiens cohabitent malgré tout. Et pour une partie de la jeunesse, la musique permet de jeter des ponts entre les communautés. Partout, des dizaines de groupes s'emparent du micro. Pour beaucoup c'est une façon de revendiquer sa place dans la société israélienne.

À la fin du XIXe siècle, des milliers de juifs européens fuient les persécutions et s'installent en Palestine. Ces premières implantations côtoient une population où se mêlent depuis des siècles musulmans, juifs et chrétiens. En mai 1948, la proclamation de l'Etat d'Israel entraîne la guerre avec ses voisins arabes. 800 000 arabes de Palestine prennent le chemin de l'exil, s'entassant dans des camps de réfugiés. 156 000, pourtant, choisissent de rester, devenant "arabo-israéliens".
60 ans plus tard, les Palestiniens de l'intérieur représentent 20% de la population israélienne. A ce rythme, certains prédisent qu'Israël pourrait être majoritairement arabe d'ici trente ans. Ces arabo-israéliens ont déjà donné à leur pays de grands écrivains, comme Emile Habibi et même une reine de beauté: Rana Raslan. Mais surtout, 13 députés arabes siègent à la Knesset, comme l'islamiste Ibrahim Sarsour ou le travailliste Nawaf Massalha. Et depuis janvier 2007, Raleb Majadele est le premier ministre des sciences et de la culture d'un gouvernement israélien.

Chez les rappeurs moyen-orientaux, les filles sont rares. Safa, 19 ans vit à Akko dans le nord du pays, à 10 km de la frontière Libanaise. Il y a plus de cinq ans, son producteur Charly a été l'un des premiers à miser sur le rap israélo-arabe. Safa est arabe, israélienne et c'est une femme : trois bonnes raisons pour elle de faire du hip hop. Ses thèmes de prédilection, le conflit israélo-arabe et sa condition de femme musulmane résument les contradictions de sa communauté.

Dans cette scène naissante, les premières stars apparaissent. Venus de Lod, une cité dortoir de 60 000 habitants dans la banlieue de Tel-Aviv, les DAM sont depuis 10 ans les étendards du rap israélo-arabe. Formés en 98 par les frères Tamer et Sohell, le nom de leur groupe, acronyme de "Da Arabian MCs", signifie "éternité" en arabe et "sang" en hébreu.

Mahmoud Jreri - DAM : "Ici il n'y a personne pour soutenir l'art, y'a pas de labels, de maisons de production. Tout le monde se débrouille tout seul. Les boîtes israéliennes ne te signent pas parce que t'es palestinien, et les arabes ne te signent pas parce que tu es israélien. Tout prend du temps. Alors si un disque de hip hop Palestinien en provenance d'Israël marche au niveau international, c'est un moment historique."

Les DAM ont mis cinq ans à sortir leur premier album. Devant les difficultés à se produire en Israël, ils ont du chercher ailleurs. Signés sur un label anglais, invités à Paris, Londres ou à Amsterdam, pour le festival "Rap 4 Justice", ils se transforment en ambassadeurs des "palestiniens de l'intérieur", partageant la scène avec des rappeurs juifs israéliens comme Sagol.

Dans la banlieue de Tel-Aviv, Sohell de Dam a rendez-vous avec SAZ, l'un des premiers rappeurs de Ramlé. S'il vit de son art du flow, celui-ci donne aussi des cours d'éducation musicale aux enfants de sa cité.
À quelques kilomètres de la Syrie et du Liban, Nazareth est la plus grande ville arabe d'Israël. Elle est en proie à de vives tensions depuis la seconde intifada et la guerre de 2006 avec le Liban. MC's du groupe Wer, Adi et Atan sont des arabes israéliens de confession chrétienne. Weh est l'un des rares groupes à posséder son propre studio d'enregistrement, "Nazareth Underground".




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