Seen : Da Bronx Bomber (sans son)

Pendant plus de 30 ans, le graffeur Seen est passé au travers des filets tendus par la police new yorkaise.

Né dans le Bronx en 61, Richard Mirando alias Seen a la révélation en regardant passer les premiers trains tagués sous ses fenêtres. Il a onze ans.

Pour ce pionnier du "wild style", le style sauvage, le style sauvage, pas de règle. Ses lettres gigantesques et colorées donnent une nouvelle dimension au tag.

En 83, Seen est l'un des héros moustachu de Style Wars, le documentaire-culte sur le graffiti-art.

Toujours plus loin dans la démesure, en 1986, Seen s'envole pour Los Angeles et tague le mythique signe "Hollywood". Une performance de trois nuits passées à peindre qui lui valent aujourd'hui le grade de "parrain du graffiti".

« Le signe Hollywood est éclairé depuis le bas de la montagne, c'est ça qui le rend impressionnant. Et tout d'un coup, toutes les lumières se sont allumées de partout, des projecteurs, et là j'me dis: "on est mal"! On s'est planqué un moment jusqu'à ce que ça se calme. On se relève, on recommence à peindre et là, un nouvel hélico, un hélicoptère de la police! "Là, y'a un vrai problème", j'me dis. J'ai terminé ce que j'avais commencé aussi vite que possible et on s'est tiré comme des lapins. J'ai du laisser 50 bombes de peinture sur place parce que mon idée, c'était de faire un truc bien plus gros! Pour moi, c'était pas assez gros ! »

Les performances des graffeurs ne sont pas du goût de tout le monde. Depuis son élection en 78, le graffiti est la bête noire d’ Ed Koch, alors maire de New-York. Sa cible principale: le Bronx, un quartier où plus de 40% de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Fuyant la guerre des gangs et la drogue, Seen force les accès aux sous-terrains du métro et se lance avec son crew, "United Artists", dans une bataille à la règle ultra-simple : exposer son nom partout et plus que les autres.

Dès 1980, Ed Koch met le paquet. Campagne d'affichage, renforcement des accès aux dépôts de train, détergent de lavage surpuissant, et même une unité de police spéciale attachée au graffiti: la "Vandal squad". Mais rien n’y fait : en 84, le métro new-yorkais dépense 52 millions de dollars pour nettoyer ses 6200 wagons. Très vite, l'espace vierge se fait rare sur les lignes du réseau.

Après des années à tagguer dans la clandestinité, Seen expose enfin ses œuvres au grand jour. Invité pour la première fois à Paris par les commissaires d'exposition Nicolas et Steve, il a rassemblé 71 œuvres sur toile qui se vendent entre 7000 et 8000 euros.



Retour au menu Retour à l'historique