Vision - Sport Art

Pendant des millénaires, Art et Sport marchent main dans la main. Reproduction de la nature, l’art exalte la beauté du geste et des corps, les combats ritualisés et le culte des champions. Une propagande qui trouve son apothéose dans les années trente avec des réalisateurs comme Leni Riefenstahl, lorsque fascistes et nazis instrumentalisent l’Art au service de leurs idéologies criminelles. Un sacré boulet qui empêche les artistes de parler de sport jusque dans les années 80. Alors que le sport envahi l’espace culturel, des artistes redécouvrent le corps ou l’effort avec humour. Bienvenue dans le monde impitoyable du Sport Art.

Neal Beggs
Cet homme n’est pas un alpiniste, mais un artiste. Les parois auxquelles s’attaque Neal Beggs, ce sont celles des galeries d’art. Dans les galeries de Berlin, Rome, Londres ou Melbourne, Beggs expose ses sacs de couchage, ses tentes et ses vidéos. Refusant le terme de « performance », il considère l’escalade comme une allégorie du monde de l’art et de sa propre existence. Aujourd’hui, à 48 ans, devenu enseignant à l’école nationale d’art supérieur de Bourges, ce natif de Dublin anime des ateliers avec des élèves qui l’accompagnent parfois dans ses expéditions de grimpette urbaine.

Jacques Julien
Pour le plasticien français Jacques Julien, le sport n’est qu’un monde étrange, plein de formes qui nourrissent ses vidéos et ses installations. « Tour pendable », « Les naufragés », « Corps morts » ou « Ethylic » : Jacques Julien détourne les codes du basket pour élaborer ses sculptures. Fabriquées dans son atelier sur l’Ile Saint Denis, ces installations lui valent d’être exposé à New York, Berlin ou encore au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Une fois dépouillé de ses règles du jeu et de son culte du champion, l’univers du sport devient pour Julien un matériau de premier choix digne des génies de l’abstraction comme Jackson Pollock. L’art de Jacques Julien c’est de prendre le contre-pied. Invité aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000, il imagine ces sculptures : « The Substitutes ». Ces personnages en forme de panneaux de basket sont cloués sur le banc des remplaçants. Une manière pour lui de privilégier l’à côté, plutôt que le champion.

Pierre Rigal
Dans tout sport, il faut des supporters, Pierre Rigal est tombé dans la marmite du football quand il n’avait que 9 ans. Ancien athlète de haut niveau au 400 m haies, Pierre Rigal est un homme pressé. Après un DEA de cinéma, il enquille dans la foulée la création chorégraphique en 2004. Dans son dernier spectacle « Arrêt de Jeu », il reproduit en mime avec ses danseurs la finale de la Coupe du Monde 82 qui vît la France battue par l’Allemagne. Un traumatisme originel décortiqué avec régal par Rigal au théâtre de la Cité Internationale.
Pierre Rigal : "Jouer, finalement, c’est une capacité d’abstraction. Avec un objet, avec d’autres camarades, on arrive à créer des situations dans sa tête. Malheureusement avec l’âge, on perd cette capacité à s’amuser, à jouer. C’est quelque chose qui est presque de l’ordre du ridicule. Et pourtant... Moi je regarde ça avec nostalgie. C’est-à-dire que je trouve que c’est dommage qu’on ne puisse pas avoir cette capacité, parce que pour moi c’est une poésie."




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